Etes-vous vraiment sûr de votre orientation politique ?

   Read this post in english

Avec l’élection d’Emmanuel Macron, et la tension permanente, usante, qui l’a accompagnée, je ressens le besoin de parler un peu de politique. Car à force d’entendre les grondements de « gauche » pestant que ce président est un suppôt diabolique, pantin des grandes banques, les vitupérations des gens de « droite » sur l’affreux « gauchiste » destructeur de la famille, vide de convictions, et enfin les cris indignés de tous (pour une fois d’accords) quant à la prétendue non représentativité de son élection, je suis obligé de replacer un peu les choses dans le bon sens.

Alors voilà :

Arrêtez tous une bonne fois pour toute de parler de gauche ou de droite en politique. Cela n’a strictement aucun sens.

Oui aucun. C’est une simplification idiote de la pensée politique qui ne repose que sur la vision idiote de l’organisation physique de la plupart des assemblées représentatives. A gauche de l’hémicycle il y a la gauche et inversement. Aucun d’entre nous ne peut en réalité se sentir correctement représenté dans sa sensibilité politique par cette représentation bien trop simple. N’est-ce pas ?

Oui car en réalité il n’y a pas deux mais trois grands courants politiques, et il est grand temps pour chacun de nous de s’en rendre compte avant de proclamer haut et fort qu’il/elle est « de gauche », ou de « droite ». La politique n’est pas linéaire, elle est à trois dimensions, dimensions qui ne s’opposent pas forcément sur tout, et qui peuvent même être d’accord de temps en temps.

Ces trois visions reposent chacune sur leur propre valeur centrale, valeur considérée pour chacune d’elle comme indispensable au bien commun. Petit rappel :

  1. Il y a tout d’abord les socialistes. Ceux-ci pensent que la cohésion et le bonheur collectif de la société reposent principalement sur la solidarité, l’objectif que personne ne soit oublié, que les faibles soient protégés contre les forts. Ils sont en général favorables à une plus grande intervention de l’état. Leurs extrémistes poussent cette solidarité jusqu’à l’égalitarisme, ce sont les communistes.
  2. Les libéraux pensent eux que cette cohésion et ce bonheur collectif reposent principalement sur le respect de la liberté individuelle. Ils sont en général favorables à une plus faible intervention de l’état. Leurs extrémistes souhaitent même abolir celui-ci pour éliminer tout entrave à cette liberté, ce sont les anarchistes.
  3. Les conservateurs, enfin, défendent les progrès déjà réalisés et tempèrent le débat public en prônant, comme leur nom l’indique d’ailleurs, la stabilité comme élément indispensable à la cohésion sociale. Ils sont satisfaits de la situation actuelle qui souvent leur convient. Leurs extrémistes souhaitent eux aller plus loin dans cette logique et revenir à un passé forcément meilleur, ce sont les réactionnaires.

On découvre alors qu’il n’y a pas d’incompatibilité majeure entre ces trois visions de l’action politique dans la mesure où elles y participent toutes de manière modérée. Plus de gauche et de droite. Juste trois visions différentes des moyens nécessaires pour atteindre le même but : le bien commun. Et les trois peuvent avoir raison en fonction des circonstances et des problématiques.

A cela s’ajoute une autre « dimension » qui est celle qu’on peut appeler le niveau de modération. Quel que soit le mélange d’orientations politiques le définissant, chacun peut ou non faire preuve de modération. Il s’agit tout simplement de la propension à écouter et accepter des arguments et propositions qui ne correspondent pas initialement à sa propre orientation.

Pour rendre tout cela plus clair faisons un petit graphique, vide pour le moment, permettant de placer les individus et les partis politiques. Attention, j’ai volontairement mis les socialistes à droite et les conservateurs au milieu pour brouiller un peu les pistes. Les trois axes permettent de mesurer le niveau de modération / extrémisme de chacun selon les trois orientations. Et je vous invite à essayer de vous y placer dès maintenant.

Pour aller plus loin dans la pratique, et bien comprendre l’utilité de cette représentation du monde politique je vous propose d’y placer les partis politiques français en fonction de leurs orientation actuelle. Voici ce que cela pourrait donner :

Cette représentation est bien sûr sujette à de nombreux commentaires, modifications et ajustements mais vous comprenez le principe. Remarquez en particulier les recoupements. Ils sont la source des revirements, transfuges et autres « trahisons » qui sont plus que jamais d’actualité. En particulier :

  • Le front national, de ligne politique aussi flexible que floue, est distendu entre ses conservateurs socialistes (F. Philippot) et ses conservateurs libéraux (M. Maréchal). Or les conservateurs libéraux FN sont très proches d’une partie des Républicains, alors que les conservateurs socialistes sont très proches de certains électeurs de Jean-Luc Mélenchon, d’où d’énormes tensions internes. La scission est t’elle proche ?
  • JLM fait lui-même le grand écart entre sa ligne sociale et sa ligne conservatrice (car oui défendre à tout prix les « acquis sociaux » est une forme de conservatisme). Il est surtout fortement opposé au libéralisme.
  • Le parti socialiste, sans leader, n’arrive plus à se différencier entre Jean-Luc Mélenchon et En Marche. Sa ligne sociale-libérale modérée est en effet coincée entre deux autres partis forts lui laissant très peu d’espace politique « pour lui seul ». Il pourrait disparaitre totalement si Jean-Luc Mélenchon adoucissait un peu sa ligne pour les englober, à moins de se défendre en ui reprenant sa place de défenseur d’un socialisme pur.
  • En Marche, parti plutôt libéral dans ses aspirations attire les libéraux-socialistes du PS (Valls…) et les libéraux-conservateurs des républicains. Il est extrêmement modéré, ce qui lui permet de se revendiquer « sans affiliation politique », mais l’idée même de vouloir « se libérer des affiliations politiques » reste intensément libéral.
  • Enfin, pour boucler la boucle, les Républicains, eux, devraient arrêter de repousser indistinctement toutes les composantes du FN et créer un vrai parti conservateur modéré. En laissant partir les libéraux vers En Marche et en récupérant la partie plus modérée ( ceux qui ne veulent pas sortir de l’Euro en somme) il pourrait former un vrai parti conservateur.

Pour résumer…

  1. Il n’y a pas de droite ou de gauche, il y a tout un plan de mélanges possibles entre libéraux, socialistes et conservateurs.
  2. Chacun d’entre nous a intérêt à arrêter de se définir de « gauche » ou de « droite » mais plutôt en termes de socialiste, libéral ou conservateur. Il serait également utile à chacun de déterminer son niveau de modération, en toute honnêteté (si vous êtes extrémiste il vaudrait mieux le savoir !). Peut-être ferai-je un petit quizz à l’avenir pour aider ceux qui auraient des doutes.
  3. Les assemblées nationales devraient prendre ceci en considération et se réorganiser physiquement, si possible de manière circulaire (comme un stade en somme) et non en hémicycle. Les extrémistes de chaque bord seraient placés au fond (ce qui aurait aussi l’avantage de les séparer entre eux !).
  4. Cette représentation permet enfin de mieux comprendre l’évolution actuelle de l’organisation politique en France. On envisage mieux la création de trois partis, formels ou informels: les libéraux autour d’en Marche, les conservateurs dans une alliance entre les républicains et une partie du FN et enfin les socialistes dans une alliance entre l’aile sociale du parti socialiste et Jean-Luc Mélenchon. Souhaitons que ceci soit pérenne, et continue de favoriser la modération par l’obligatoire besoin de conciliation que cela pourrait apporter.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *